LA BARAKA n'avait pas duré longtemps pour deux joueurs du casino d'enghien-les-Bains. En août dernier, deux soirs de suite, des gagnants avaient été agressés en rentrant chez eux et dépouillés de leurs gains. Mardi, après quatre mois d'enquête, les policiers de la 3 e DPJ de Paris ont interpellé deux frères domiciliés à Aubervilliers et Montreuil.
L'un d'entre eux a été mis en examen pour « vol avec violences » et écroué. Tout commence dans la nuit du 14 au 15 août dernier dans les salons cossus du casino des bords du lac à enghien. A la roulette anglaise, un joueur empoche près de 5 000 €. L'homme, domicilié à Paris, dans le XIV e arrondissement, encaisse la somme en billets et range la liasse dans une de ses poches. Il regagne ensuite Paris au petit matin. Là, au moment de rentrer dans son domicile, un homme casqué s'approche de lui, le menace et plonge sa main directement dans la poche qui contient les billets. Le voleur prend ensuite la fuite en voiture avec un complice.
Une victime frappée à l'aide d'un tournevis Sans doute persuadé d'avoir « la bonne main », le duo de malfaiteurs remet ça dès le lendemain. Cette fois, c'est un joueur venu de Montrouge (Hauts-de-Seine) qui empoche près de 21 000 €. Lui aussi se fait payer en liquide par le casino avant de rentrer chez lui. Même scénario. Mais plus violent cette fois. La victime est frappée à l'aide d'un tournevis et se fait dérober sa liasse de billets. Saisis de l'enquête, les policiers de la 3 e DPJ vont vite comprendre que le noeud de l'affaire se situe dans les salles du casino. Les cassettes de vidéosurveillance sont examinées à la loupe. Sur les bandes saisies, le curieux manège d'un client intrigue les policiers. L'homme qui semble observer les joueurs passe aussi des coups de fil avec son téléphone portable. L'enquête démontrera que le guetteur prévenait son complice qui attendait dehors dans un véhicule. Une fois le « gros gagnant » repéré, les deux hommes le suivaient, en filature, et l'agressaient juste devant chez lui. Cette tactique de repérage, de filature et d'agression a déjà été utilisée dans d'autres établissements de jeux pour dépouiller des joueurs chanceux. « Le problème, c'est que les vrais joueurs aiment bien se faire payer leurs gains en liquide plutôt qu'en chèque. C'est peut-être une question de fierté. Ils sentent la liasse qu'ils ont en poche », explique ce fin connaisseur des casinos.
(source : leparisien.com/Damien Delseny)