La cité des peintres s’apprête à se doter d’un casino afin de rendre la ville plus attractive. Un projet qui suscite une vive polémique sur la côte fleurie et de nombreux débats entre la majorité et l’opposition.
Honfleur va-t-elle décrocher le jackpot ? Ou ce joyau de Normandie s’apprête-t-il à dénaturer son esprit, celui des impressionnistes et d’Erik Satie ? Tout va dépendre des tenants et aboutissants de la construction d’un casino, qui est depuis quelques semaines au cœur de débats houleux entre la majorité et l’opposition, rapporte Actu.fr. En cause : une procédure, lancée le 5 juin dernier, afin que la célèbre station normande se dote d’un casino d’ici 2030.
Un million d’euros de bénéfice pour la commune
Il y a deux semaines, un avis favorable à l’ouverture d’un établissement dédié au jeu a été émis par le conseil municipal de Honfleur. Ce casino compterait une centaine de machines ainsi qu’un bar dansant prévu pour rester ouvert jusqu’à 4 heures du matin. Deux années seraient nécessaires à la construction. Ce casino devrait d’abord être exploité pendant vingt ans par un groupe privé, avant d’appartenir, de manière automatique, à la mairie.
«Un casino manquait profondément à Honfleur. Une station balnéaire sans casino, c’est une anomalie», nous indique le conseiller municipal en charge de la communication Julien Anger, soulignant qu’Honfleur est la seule station balnéaire de la côte normande à ne pas avoir son casino. Ce projet serait aussi une promesse de gains importants : entre un 1 million et 1,5 million de bénéfices pourraient être générés par le casino lorsqu’il aura atteint son rythme de croisière, soit dans environ quatre ans. Autant de fonds qui pourraient ensuite être investis ailleurs, «dans une école, ou dans des travaux de revalorisation du patrimoine», assure la mairie. «C’est comme cela que Deauville fonctionne : si demain, Deauville n’a plus de casino, la moitié de leurs investissements tombent», ajoute l’élu, précisant le besoin pour Honfleur de se renforcer face à la baisse des dotations de l’État aux collectivités.
surtourisme
Entre-temps, une polémique a enflé sur la côte fleurie : l’opposition ne voit pas l’arrivée de ce nouvel établissement d’un bon œil. Depuis la décision du 5 juin dernier, la tête de liste de l’opposition aux précédentes municipales Christophe Perrault grince des dents. «Si on a autant d’argent à investir dans un terrain, je préfère qu’on les mette dans la rénovation des immeubles quai Sainte-Catherine», a-t-il déclaré à nos confrères de France Bleu. Et d’ajouter : «et puis un projet de casino, c’est aussi développer encore plus le surtourisme dans la ville, ce qui va à l’encontre de la préservation de notre habitat». Honfleur et le vieux bassin restent en effet des lieux très prisés. Selon Ouest France, qui cite le président de l’Office de tourisme, 2 millions de touristes ont fréquenté Honfleur en 2025, soit 3% de plus qu’en 2024.
«Tout est une logique d’équilibre, répond Julien Anger, l’idée n’est pas de savoir comment avoir moins de touristes, mais comment mieux les gérer. Car vouloir réduire le nombre de touristes, c’est condamner de nombreuses familles honfleuraises qui vivent du tourisme». C’est la raison pour laquelle le casino ne sera pas installé en centre-ville, mais à l’extérieur, juste à côté du pont de Normandie. Des navettes pourraient être mises à disposition pour ceux qui souhaiteraient flâner dans les ruelles pavées de la ville, avant de passer une soirée au casino. «Mais il faut relativiser : nous ne sommes pas comme la ville de Venise, à envisager un pass journalier pour les touristes», souffle le conseiller municipal, pointant également du doigt la nécessité de «garder les jeunes» en leur offrant «un lieu de fête et des perspectives afin qu’ils ne quittent pas le territoire».
Malgré les réticences, le projet semble bien en route : un appel d’offres est en cours. Le délégataire devrait être choisi à la fin de l’année, afin d’obtenir dans la foulée l’agrément du ministère de l’Intérieur pour commencer la construction. Rien ne va plus !
(source : lefigaro.fr/Margaux d'Adhémar)