Vichy, Balaruc-les-Bains, Ax-les-Thermes… Ces villes thermales attirent autant pour leurs sources chaudes que pour leurs casinos. Alors que la France comptait 202 établissements en 2023, selon l’Observatoire des jeux et l’Autorité nationale des jeux, 77% d’entre eux se concentrent sur le littoral, comme l’ont montré les géographes Boris Lebeau et Marie Redon dans un article publié en 2024 dans la revue Géocarrefour.
Le jeu s’est imposé comme un ingrédient du séjour : les visiteurs viennent s’y reposer, flâner et tenter leur chance au blackjack, à la roulette ou aux machines à sous. Si les maisons de jeu sont longtemps nées dans les stations thermales, ce n’est pas un hasard mais le résultat d’un héritage historique et d’une réglementation stricte.
Aux origines : des casinos implantés dans les villes d’eaux
Avant le XIXe siècle, les jeux d’argent sont interdits en France mais plutôt que de les laisser prospérer dans l’ombre, l’État choisit de les encadrer. C’est ainsi qu’en 1806, Napoléon Bonaparte autorise les maisons de jeu «dans les lieux où il existe des eaux minérales», selon un décret impérial, seulement pendant la saison des eaux, généralement du printemps au début de l’automne. Le jour, les visiteurs soignent rhumatismes et fatigue, le soir ils franchissent les portes des casinos de Forges-les-Eaux en Normandie, ouvert dès le XIXe siècle, d’Aix-les-Bains en Savoie en 1847, ou du Grand Casino de Vichy dans l’Allier inauguré en 1865.
Peu à peu, le pouvoir central accorde des dérogations à des stations non thermales. À Biarritz, le casino Bellevue ouvre en 1858 face à l’océan, lançant l’essor des premiers casinos balnéaires. En 1907, une loi légalise définitivement les établissements de jeux dans les stations balnéaires. Elle les autorise aussi dans les stations dites «climatiques», ces villes de montagne reconnues pour la pureté de leur air. C’est le cas de Chamonix, aujourd’hui dotée du casino Le Royal au pied du mont Blanc.
Une ouverture contrôlée dans les grandes métropoles
Au XXe siècle, les maisons de jeu se multiplient dans les grandes destinations touristiques. Le casino Barrière, inauguré à Deauville, devient un symbole d’élégance. Mais l’État reste vigilant. En 1919, les jeux de hasard sont interdits dans un rayon de 100 kilomètres autour de Paris pour limiter l’addiction et préserver l’ordre public. Seule exception, la station thermale d’Enghien?les?Bains, dont le statut de refuge mondain lui vaut d’obtenir un casino en bord de lac, à une trentaine de minutes en transport de la capitale.
La législation évolue. Depuis la fin des années 1980, la loi a aussi ouvert, sous conditions très précises, la possibilité d’implanter des casinos dans certaines grandes villes touristiques. De nouveaux établissements ouvrent alors à Lyon, Bordeaux ou Toulouse. À Paris, le virage est plus timide. Depuis 2017, des clubs de jeux expérimentaux ont vu le jour dans la capitale. Ces «demi?casinos», sans machines à sous ni roulette, se limitent aux jeux de table, dans un cadre étroitement encadré par l’État.
Un modèle contrasté à l’international
À l’étranger, les approches en matière de jeux d’argent diffèrent fortement d’un pays à l’autre. L’Italie adopte une ligne très restrictive : seuls quatre casinos terrestres sont autorisés, à Venise, Sanremo, Saint-Vincent et Campione d’Italia, le reste du territoire demeurant soumis à un principe général d’interdiction. Rome, pourtant capitale et haut lieu touristique, reste ainsi dépourvue de grand casino classique. En Allemagne, le lien entre casino et thermalisme subsiste dans certaines villes, comme Baden?Baden, célèbre station d’eaux. Le casino se situe à la croisée du tourisme, de la morale publique et de l’encadrement des risques d’addiction.
Certains États vont plus loin encore en interdisant totalement les jeux d’argent, à l’image de l’Arabie saoudite, où la charia les proscrit strictement. À l’inverse, la Thaïlande a récemment approuvé un projet de loi visant à légaliser de vastes resorts avec casino, dans un pays où les jeux restaient jusqu’ici largement prohibés, hors loterie d’État et courses hippiques. Le royaume espère s’appuyer sur ces complexes de divertissement pour renforcer son attractivité touristique. D’un pays à l’autre, le casino dit ainsi moins une simple offre de loisirs qu’un rapport particulier au tourisme, à l’ordre public... et à la morale.
(source : msn.com/Le Figaro/Iman Benotmane)